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L’invention du modernisme il y a 100 ans à Vaucresson.

Dernière mise à jour : 9 mars

Loin de n’être qu’une vallée de meulières, Vaucresson a été au centre de la plus importante évolution de l’histoire de l’architecture contemporaine, la création, en 1922, de la villa Besnus, aussi dite villa Ker-Ka-Ré, par Le Corbusier[1]. Une villa qui sera son premier laboratoire d’expérimentation de sa nouvelle vision de l’architecture.




Pourquoi à Vaucresson ?


Afin de mieux appréhender les motivations et les choix esthétiques et techniques de cet architecte de renommée internationale, qui a signé pour la première fois en nom propre une construction qui devait être la première villa de style moderniste au monde, il faut tenter de se replonger dans le Vaucresson de la fin du XIX ème siècle.





Ce lieu de villégiature de la bourgeoisie parisienne avait déjà vu la construction de nombreuses maisons exceptionnelles comme, par exemple, la villa Lucius, la villa La Roseraie mais aussi des premières conceptions « art nouveau », qui osaient remettre en cause le style classique prévalent à l’époque. Vaucresson était devenu le terrain de jeux d’architectes de renommée internationale et une certaine surenchère faisait, bien sûr partie des règles. Dans ce contexte il faut, notamment citer la villa Castel Aubert d’Henri Parent[2] dès 1896 ou la Vaucressonnière construite vers 1885 pour un célèbre chanteur d’Opéra tchécoslovaque Oumirof et où les premiers films « Fantômette »[3] seront tournés.


Cette ambiance créative, attirait aussi de nombreuses personnalités et le fondateur du style art nouveau, pourtant peu connu du grand public, Samuel Bing viendra finir ses jours à Vaucresson en 1905. Le peintre nabi Vuillard, quant à lui, créera, au début des années 20, de nombreuses toiles relatant cette atmosphère si particulière, mêlée de fêtes somptueuses[4] et de repos dans la nature.



La première œuvre créée par Le Corbusier d’après sa nouvelle théorie de l’architecture.


Certainement attiré par ce style de vie, le célèbre critique d’art, Georges Denoinville dit Besnus demandera à Le Corbusier, de créer une maison « œuvre d’art totale » sur un terrain un peu difficile, car inégal et en hauteur, de l’avenue de la République, près de la gare de Vaucresson[5].


En ce début du XX ème siècle, l’enjeu était de repenser l’habitat, de refonder une nouvelle perception de l’homme dans l’espace et de concevoir un style de vie moderne, plus proche de la nature. Le Corbusier entendait mener une révolution architecturale à l’ère de la mécanisation.


L’art nouveau, avait déjà permis d’épurer le style classique, là il s’agissait de créer un bâtiment œuvre d’art "qui irait encore plus loin dans l’abstraction". Besnus avait vu la maquette de villa Citrohan[6] au salon d’automne de 1922 et demanda à Le Corbusier de la bâtir pour lui. L’enjeu clairement exprimé était d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de l’architecture.


Le Corbusier avec Citrohan faisait référence à Citröen car il voulait créer une «machine à habiter». Des cellules ouvertes qui pourraient être construites en série comme les automobiles.


Le Corbusier avait entre 1918 et 1922 pensé ces questions d’un habitat nouveau, « moderniste », notamment dans la revue L’Esprit Nouveau. Ces articles ont été majoritairement transcrits dans les pages de son livre majeur « Vers une architecture » édité un an plus tard, une œuvre qui sera une véritable « théorie de l’architecture du XXème siècle ».


« Une grande époque vient de commencer. Il existe un esprit nouveau. Il existe une foule d’œuvres d’esprit nouveau ; elles se rencontrent surtout dans la production industrielle. L’architecture étouffe dans les usages. Les styles sont un mensonge. Le style, c’est une unité de principe qui anime toutes les œuvres d’une époque et qui résulte d’un esprit caractérisé. Notre époque fixe chaque jour son style. Nos yeux, malheureusement, ne savent pas le discerner encore. [7]»



La remise en question des acquis était aussi une préoccupation majeure des artistes plasticiens de l’époque. Leur points de départ pour tendre vers l’abstraction, a été un « besoin de traduire de nouveaux états de la matière », « la recherche de formes pures », sous l’influence d’une nouvelle quête de spiritualité s’appuyant, notamment sur les courants occultistes tels que l’anthroposophie, la théosophie et le spiritisme, très en vogue à l’époque.

Kasimir Malevitch se référera à la quatrième dimension dans ses développements théoriques entre 1913 et 1914. Refusant la perspective classique, il privilégie une perspective inversée tout en redressant les lignes de profondeur à l’horizontale, permettant ainsi une impression de flottement libre. Guillaume Apollinaire, écrivain cubiste, proclamera, quant à lui, en 1913, la fin des trois dimensions de la géométrie euclidienne. Enfin, les artistes néerlandais de De Stijl, dont Mondrian faisait partie et dont Le Corbusier partageait la vision, entendaient ouvertement « vaincre la gravité ».


Le purisme sera un mouvement post-cubiste, dans le sens où il se basait sur le cubisme pour en critiquer les aspects rendus obsolètes par la guerre de 1914–1918.


Le Corbusier ou le Stijl, se rejoignent sur l’abandon des styles du passé considérés comme inacceptables, synonymes de « prétentieux et kitsch » en référence à la culture bourgeoise et qui ne permettait pas de répondre à leur idéal « d’authenticité et de pureté ».


Le Corbusier préférerait, d’ailleurs, l’expression « purisme » à celle de « modernisme »[8] qui s’est, finalement, imposée et il se prendra très vite au jeu de la création de ces espaces flottants et avant-gardistes pour l’époque.


Le Corbusier :


« Ce sont là de ces moments intenses qui donnent leur leçon pour toute la vie : on tourne le dos à l’accident; on sacrifie le détail piquant, on recherche l’unité; il faut employer tout son terrain ; il faut toujours exploiter la plus grande dimension, etc. On s’aperçoit qu’en architecture, on peut aussi faire de la spéculation plastique ; on peut faire de bonnes ou de mauvaises affaires « plastiques ». »[9]


Les nouveaux matériaux tels que le béton armé, le fer et le verre, permettront de transcrire architecturalement ces nouveaux intérêts.





Cette nouvelle vision de l’habitat a été pour la première fois présentée comme un fait tangible dans la construction de la Villa Besnus[10]. Ce logement, a servi à Le Corbusier comme premier lieu d’expérimentation pour donner forme au langage qu’il développera au cours des 10 prochaines années dans ses villas domestiques et qui l’a catapulté parmi les architectes d’avant-garde des premières décennies du XXème siècle.


L’architecture moderne a développé un langage abstrait et sensible dont la valeur, d’expression comme de contenu, correspondait à une conception nouvelle de l’espace et de l’habiter. L’intentionnalité artistique portée par ses pionniers a donné lieu à de nombreuses interprétations et souvent à des contresens sur sa finalité.


Avec la villa Besnus il s’agissait de repenser aussi bien la conception extérieure, qu’intérieure d’un bâtiment. Bien que n’étant pas encore agrémentée de pilotis ou de façade libre, la villa, témoigne néanmoins du style de Le Corbusier.


Celui qui était aussi peintre et sculpteur était soucieux, dans l’ère du cubisme triomphant, de déconstruire l’existant, d’épurer les formes, de composer la façade[11] comme une œuvre contemporaine et d'affirmer la distinction entre espaces "servants" et "servis", y expérimentera aussi le plan libre[12] et pour la première fois une salle de bain sera au centre d’un étage. Dans ses réalisations postérieures, celui qui sera considéré comme le père de l'architecture moderne, remplacera les murs porteurs extérieurs par des piliers de béton armé, placés à l'intérieur des constructions.







Le Corbusier :


« Entre autres, voici un exemple de transes esthétiques : la cage de l'escalier arrondie dessinée perpendiculairement à la façade. Soirée au Vel'd'Hiv, pendant les "Six Jours" : spectacle magistral de grandeur, d'unité; en sortant de là, dans ce silence mental que vous donne la rue, il apparut subitement que cette cage d'escalier perpendiculaire était un rythme antagoniste brisant l'unité de la composition. Et l'escalier décrivit un quart de tour et s'aligna au long de la façade, la poursuivant, l'amplifiant. »[13]



C’est vraiment avec Besnus[14] que Le Corbusier exposera pour la première fois les éléments communs de son œuvre puriste, avec aussi l’utilisation d’une couverture plate pour donner un caractère cubique au bâtiment. Il concevra des ouvertures basées sur des tracés régulateurs qu’il développe à partir de son goût pour la géométrie, utilise un module proportionné à l’échelle humaine, construit les menuiseries avec des éléments simples couramment utilisés dans les bâtiments industriels, place les fenêtres bordées au mur pour accentuer l’image de légèreté du volume et élimine toute référence décorative dans le bâtiment. Les grandes ouvertures devaient, laisser pénétrer la lumière et offrir une vue panoramique sur le paysage






Le choix de l’enduit devait aussi s’avérer décisif. Contrairement à ce que l’on pense, le but n’était pas forcément d’obtenir des façades blanches, au contraire c’est un effet pierre qui était recherché[15]. Le Corbusier a fait des essais d’enduits résistants aux contraintes climatiques, son obsession esthétique étant la réduction maximale des modénatures, jusqu'à les faire disparaître totalement. [16] Il a camouflé les poteaux et le plancher avec du parpaing sous une lisse couverture d’enduit. Les surfaces des murs donnent l’impression d’un carton blanc troué de fenêtres en longueur ayant enveloppé l’ensemble de la maison. Il a exprimé la forme de la Villa avec une simplicité extrême, voire abstraite, en dépouillant sa corporalité. Il n’était plus intéressé par l’expression de l’ossature constructive, mais par l’expression idéale ou conceptuelle.


Le Corbusier : « on est passé de l’expression de l’ossature à l’expression des formes plastiques».


Ce recueil de critères résume tous les concepts mis en œuvre au cours de ces années, et le résultat le stimule encore plus dans son intérêt pour l’architecture, qui à partir de cette œuvre deviendra son activité primaire, sans jamais abandonner sa passion pour la peinture.



Autres créations modernistes à Vaucresson et ses environs


La villa Besnus, sera suivie à Vaucresson de la villa Stein de Monzie (1928), sur les hauteurs de Vaucresson[17]. Elle aussi remarquable par sa conception. Cette villa qui est une réinterprétation du pavillon de l'Esprit nouveau l'exposition des Arts Décoratifs de 1925 sera l’une des premières dans lesquelles Le Corbusier utilisera les cinq points de l'architecture moderne :

  • 1 : Des pilotis soutenant les dalles de béton pour les fondations

  • 2 : Un toit-terrasse

  • 3 : Le plan libre

  • 4 : Des fenêtres en bandeau (en longueur) pour laisser entrer un maximum de lumière dans chaque pièce.

  • 5 : La façade libre, dégagée de sa fonction porteuse.






Le Corbusier, dans sa recherche d’un habitat nouveau, construira aussi une villa « fin de semaine » en 1934 à La Celle St Cloud. Maison de WE Henfel.



Un air de liberté marquera la conception architecturale dans Vaucresson, et rapidement d’autres grands noms laisseront leur marque. Pol Abraham, l’un des acteurs majeurs du courant rationaliste, construira la villa Mirasol Parc Thérèse en 1930. La même année Hector Guimard, représentant majeur du style art-nouveau, construira sa villa de campagne « La Guimardière, aujourd’hui détruite, av Lenôtre[18].


Villa de Pol Abraham, Parc Thérèse, Vaucresson,1930

La Guimardière d'Hector Guimard, Vaucresson1930



Toujours dans le Parc Thérèse, en 1933, l’architecte Joseph Depreux, construira la villa Edelweiss.[19]


Il faut aussi citer l’architecte américain William Bosworth, connu pour avoir construit l'AT&T building à Wall Street et du nouveau campus du M.I.T., En 1922, John D. Rockfeller l’avait envoyé en France pour superviser ses actions de mécénat de restauration des châteaux de Versailles, de Fontainebleau et de la cathédrale de Reims. Bosworth construira à Vaucresson, dans les années 30, sa demeure idéale: la Villa Marietta. Il y vivra jusqu'à la fin de sa vie. Cette villa a, elle aussi, été détruite...


Villa Marietta

Enfin Charles Letrosne, en 1932, construira, une villa néo-classique pour la famille royale marocaine qui voulait pouvoir y recevoir à proximité du contry club le plus en vue des environs de Paris. Rachetée en 1959 par Dassault qui lui donna le nom de «Les Mirages», elle est aujourd'hui propriété de Bolloré Energies.


Les Mirages

Le mouvement moderne qui a révolutionné la vision sociale et les formes architecturales, a tenté de réconcilier industrialisme, société et nature en proposant des prototypes d'habitats collectifs et des plans idéaux de villes entières


 

Le Corbusier, pour qui il était impensable de dissocier architecture et urbanisme avait proposé en 1922, une ville à la trame quadrillée. Il avait tenté de redéfinir les villes dans un contexte où de nouveaux moyens de mobilité apparaissaient et où dans une logique politique et sociale, il s’agissait de : « remplacer les édifices religieux de la ville traditionnelle en tant que centre du pouvoir ». Ironiquement la véritable révolution sociale qu’il entendait provoquer par une nouvelle architecture devait voir le jour à Vaucresson, une ville créée au 12ème siècle par l’Abbé Suger, le père de l’architecture gothique qui tentait de trouver des moyens pour financer la construction de la basilique de Saint Denis. Le symbole était fort, une vision nouvelle de l’habitat devait s’imposer face à l’œuvre de Suger qui avait posé, lui aussi posé, le principe de « destruction créatrice ” fondé sur le passage du matériel vers le spirituel, d’où la volonté de bâtir des édifices qui atteignent le ciel, un peu comme les tours dont rêvait Le Corbusier par la suite.


Au fond, c’est un passage à une nouvelle forme de spiritualité que Le Corbusier voulait pousser, tout en rapprochant l’homme de la nature, en permettant l’émergence de nouveaux rapports sociaux qui tout justement, ne seraient plus emprunts de la domination de la religion. C’est pourquoi ses prototypes d’immeubles, tels que les cités jardins et le lotissement à redents qui présupposait une « ville ouverte », proposaient une organisation nouvelle et détaillée de ses quartiers. Dans cette approche nouvelle, les voitures ne devaient, d’ailleurs, pas circuler sur les mêmes voies que les piétons, et une dalle centrale devait être la nouvelle agora. La défense, non loin de Vaucresson, illustrera parfaitement cette nouvelle approche.


Devenus des cas d’école, les réalisations de Le Corbusier, sont étudiées dans les écoles d’architecture du monde entier et jouissent ainsi d’un statut particulier. Le Corbusier, conscient de la particularité de son œuvre a lui même, entrepris des démarches en vue de leur classement au titre des Monuments historiques. C’est avec la complicité de son ami André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, que nombre des ses créations ont pu être protégées en 1966, un après la mort de l’architecte qui avait aussi créé de son vivant, en 1964, une Fondation, qui devait assurer la continuité du rayonnement de son œuvre et s’assurer de sa conservation.


L’œuvre de Le Corbusier est, aujourd’hui internationalement reconnue, des parcours pour visiter ses constructions sont régulièrement proposées, mais surtout l’UNESCO a reconnu, le 17 mars 2016, la portée immense de son travail en l’inscrivant sur la Liste du patrimoine mondial.


UNESCO :


"l'œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne".


« Certains sites constitutifs de la série acquirent immédiatement un statut d’icône et exercèrent une influence à l’échelle de la planète. »

Le Corbusier, bien que critiqué sur divers points, est le seul architecte contemporain dont l’œuvre a été reconnue par l’UNESCO et la première des réalisations de cet homme visionnaire se trouve Vaucresson.


Malraux dira dans son oraison funèbre[20] :


« La gloire trouve à travers l'outrage son suprême éclat, et cette gloire-là s'adressait à une œuvre plus qu'à une personne, qui s'y prêtait peu. »


Article rédigé par S.Bailly

Villa Besnus
 



[1] Villa Besnus, sise au 85, boulevard de la République, Vaucresson, conçue par Le Corbusier en 1922, construite en 1923 et répertoriée comme bâti remarquable dans le plan de zonage du PLU en 2016. Cette villa a été modifiée et de ce fait, n’a pas été classée monument historique.

[2] Castel Aubert Maison construite vers 1880 par l'architecte Henri Parent, (1819-1895) pour lui même en souvenir de son père Aubert Parent, peintre sculpteur et architecte, pensionnaire de Louis XVI à Rome, premier titulaire de la chaire d'architecture à Valenciennes. Henri Parent a notamment conçu l'Hôtel Jacquemart-André (devenu un musée), l'hôtel Menier (Parc Monceau), il restaura et transforma aussi de nombreux hôtels particuliers du Faubourg Saint-Germain.

[3] Les Vampires de Louis Feuillade 1915.

[4] Dont la légendaire fête de Bacchus organisée par le célèbre couturier Paul Poiret, en 1912, au pavillon du Butard durant laquelle Isadora Duncan dansa sur les Tables au milieu de 300 Invités, le tout arrosé de 900 bouteilles de champagne.

[5] Le Corbusier lui avait proposé un terrain avenue Reille à l’angle du square Montsouris dans le 14ème arrondissement de Paris, mais Besnus l’avait trouvé trop exigu et pas ensoleillé. Peu de temps après l’architecte y construira la villa Ozenfant.

[6] Citrohan pour ne pas dire Citroën. Cette maison finira par être construite pour la première fois à Stuttgart dans la Colonie de Weissenhof en 1927.

[7] Le Corbusier, Vers une architecture, 1923

[8]. Le purisme se fonde sur le passé pour construire un nouveau pan du modernisme.

[9] Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 1, 1910 -1929

[10] Les plans furent dessinés en 1922 et le permis de construire déposé le 28 avril 1923.

[11] Le choix de l’enduit devait aussi s’avérer décisif.

[12] Plan libre : la suppression des murs et refends porteurs autorisée par les structures de type poteaux-dalles en acier ou en béton armé libère l'espace, dont le découpage est rendu indépendant de la structure) .

[13] Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 1, 1910-1929

[14] La Villa Reille ou Maison Ozenfant est une maison située à l'angle de l'avenue Reille et du square Montsouris. Elle a été réalisée par l'architecte Le Corbusier en 1922, pour le peintre Amédée Ozenfant. Cet artiste revendiquait être le propriétaire de la première maison Le Corbusier mais celle-ci a été achevée après la villa Besnus.

[15] Le Corbusier avait lui-même renforcé l'idée d'une modernité blanche, stéréotypée, et hygiéniste, par le contenu de ses préconisations : « Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs par une couche pure de ripolin blanc... ». En 1925, il avait publié « L’Art décoratif d’aujourd’hui », ouvrage dans lequel il développe une Loi du Ripolin qui établit un parallèle entre le nettoyage des murs et celle de l’esprit. Passer une couche de blanc sur ses murs serait, pour lui, une opération de renouveau à la fois concret et moral. Pourtant il « utilisait des couleurs subtiles et sourdes, dont les contours atténués créaient l'illusion d'un volume continu et donnaient l'impression de blancs ombrés, sur les photos en noir et blanc ». Barbara Klinkhammer, Creation of the myth : White modernisme, 2005, www.acsa-arch.org/proceedings.

[16] https://www.espazium.ch/fr/actualites/les-revetements-en-enduit-des-premieres-maisons-puristes. La villa Besnus, mais aussi la maison-atelier pour Amédée Ozenfant à Paris et les hôtels particuliers pour Raoul La Roche et Albert Jeanneret à Auteuil seront ses premières expérimentations en ce sens.
Malheureusement, la Villa Besnus a subi dans les premiers temps des dégradations, du fait, notamment des nombreuses infiltrations d’eau. Un an après que la maison soit achevée, l’épouse de Georges Besnus, en 1924, écrira à Le Corbusier pour se plaindre de « l’humidité incroyable dans les escaliers et dans le salon ». Dès 1927, des fissures firent leur apparition sur le bas des murs et il y eut des infiltrations d’eau. Le propriétaire demanda à l’architecte d’intervenir, mais celui-ci ne lui répondit pas. Finalement, très peu de temps après, à peine dix ans, la maison fut modifiée, son toit-terrasse ayant été remplacé par un toit à 4 pentes, Besnus rejeta publiquement le travail de Le Corbusier. En 1928, il l’avait même menacé d’un procès qui, finalement, n’a pas eu lieu. Jordi Parcerisas, Changes, ethics and esthaetics, raco.cat/index.

[17] Villa Stein, 17, rue du Docteur Pauchet 92240 Vaucresson, Monument historique inscrit en 1975, classé par arrêté ministériel en 2017. Georges Besnus avait félicité Le Corbusier pour cette nouvelle création qui sera la villa privée la plus chère conçue par l’architecte.

[18] Structure classique de pavillon de banlieue en meulière, Guimard utilisé un décor de briques et un chaînage vertical en poteaux de fibro-ciment ; maison détruite en 1967. A Garches, il existe encore une construction en meulière, de 1899, d’Hector Guimard. Le Modern'Castel 18, rue Alphonse-de-Neuville.

[19] Villa Edelweiss, 3 av de Beauvilliers, Vaucresson.

[20] 3 septembre 1965.











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